PEUGEOT, UNE CAUSE NATIONALE

Carlos TAVARES, le futur patron de PSA Peugeot Citroën se donne cent jours pour faire l'état des lieux.

En effet, les difficultés de Peugeot ne sont un mystère pour personne, des pertes financières importantes, des fonds propres exsangues, des relais de croissance trop limités, une internationalisation insuffisante.

La Chine compte parmi les territoires à investir, comme pour tous les constructeurs automobiles, et Peugeot veut y développer ses activités.

La nouveauté, et elle peut être inquiétante, c'est l'entrée annoncée dans l'actionnariat de Peugeot du constructeur automobile chinois DONGFENG, pour 800 millions d'euros.

Si le co-investissement pour des entreprises qui s'installent en Chine est une pratique habituelle, l'entrée massive chez Peugeot de capitaux, d'une entreprise chinoise, importante et puissante comme DONGFENG, au chiffre d'affaire de 46,5 milliards d'euros avec des réserves financières annoncées de plusieurs milliards d'euros, est un tournant stratégique dont il faut mesurer l'ampleur.

Cet investissement ne sera pas un simple placement financier mais il obéit à une stratégie à moyen et long terme de DONGFENG pour s'internationaliser, pour réunir plus et mieux de savoir-faire afin de vendre ses produits et conquérir de nouveaux marchés.

Cette nouvelle dimension que prendrait DONGFENG, dans un marché très concurrentiel, acharné, pourrait être mortelle pour quelques-uns de ses concurrents et faciliter son accès au marché européen.

L'entrée annoncée de l'Etat dans le capital de Peugeot, à l'identique de DONGFENG, vise certes à renforcer les fonds propres de l'entreprise, mais aussi à limiter l'influence de DONGFENG.

Jusqu'où iront les visées de DONGFENG ? Ne s'agit-il pas de faire rentrer un nouveau "Cheval de Troie" dans l'industrie automobile française, pour la déposséder ensuite de son savoir-faire ?

Cela pose la question de la motion et de la portée du patriotisme économique. Il ne peut s'agir uniquement d'acheter des produits français, des composants français dans des produits à fabriquer, mais aussi de la capacité à garder dans le périmètre français des entreprises, stratégiques, par la nature de leur activité, mais aussi par leur savoir-faire, par leur place en Europe et dans le monde, pour mobiliser des capitaux afin d'y assurer des investissements en production et recherche-développement.

Le patriotisme économique, c'est aussi de recapitaliser Peugeot par des capitaux français.

L'absence d'un fonds souverain français, digne de ce nom, se fait durement ressentir dans ces conditions. Or, des entreprises très profitables, comme TOTAL par exemple, pourraient, via un tel fonds, se mettre au service d'entreprise française en manque de capitaux.

Cet aspect du patriotisme économique permettrait d'empêcher des prises de participation trop importantes d'entreprises étrangères concurrentes, dans des domaines où il est important de garder un leadership en préservant une souveraineté nationale et une capacité à mobiliser des capitaux.

La situation de Peugeot illustre la nécessité de prendre en compte les enjeux à long terme et de préserver nos entreprises françaises d'une prise de contrôle par des capitaux étrangers qui font l'impasse sur un projet de développement mais cherchent à les vider de leur substance, de leurs emplois, de leur potentialité en recherche-développement, de leurs marchés, pour, au contraire, se les accaparer.Espérons que dans 10 à 15 ans, les voitures Peugeot ne se limiteront pas à un logo apposé sur des voitures produites en Chine.

La pérennité de Peugeot passe par la mobilisation de moyens financiers autres que ceux provenant de capitaux chinois.

Un fonds souverain de capitaux français, constitué de plusieurs milliards, pour soutenir nos entreprises, reste à mettre en place.

Peugeot doit être cette cause nationale pour inciter à mettre en place un fonds souverain français, pour donner à nos entreprises la possibilité de résister à la prise de contrôle par des capitaux étrangers au service d'autres ambitions que celles de nos emplois, de nos compétences et de notre développement.

Ce défi engage notre avenir.

 

Mardi 21 janvier 2014

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