L'Alsace a besoin de courage, nous n'avons pas le droit de la décevoir.

Intervention au Conseil Général - Plénière

Monsieur le Président,
Mes Cher(e)s Collègues,

Dès les années 60, d'importants capitaux américains - USA - ont investi en Alsace, suivis par des capitaux allemands et suisses.

Dans les années 70, c'est le Japon qui a investi en Alsace, et plus particulièrement dans le Haut-Rhin, notamment sous l'impulsion d'André KLEIN, directeur du CAHR.

L'Europe s'établit, elle, à Strasbourg, du Conseil de l'Europe au Parlement Européen, en passant par la Cour Européenne des Droits de l'Homme et bien d'autres institutions éminentes.

Le Rhin Supérieur se structure et s'organise, entre Français, Suisses et Allemands.

L'Université de Strasbourg est distinguée par ses nombreux lauréats, dont le Prix Nobel qui est franco-luxembourgeois.

L'Alsace, terre de migration, porte le témoignage de sa diversité.

Et voilà que par un oukase du Gouvernement, elle devrait se fondre dans un ensemble si vaste que la ligne d'horizon n'en marquerait pas la limite.

Et voilà que le Premier Ministre, Manuel VALLS, se moque de l'Alsace en la qualifiant de Région du repli identitaire, en la disqualifiant. Faut-il ne pas l'aimer, quand l'invective tient lieu d'argument.

A croire que le monde vient de naître avec Manuel VALLS, ex maire de la Ville nouvelle d'EVRY, et que rien n'existait auparavant. Ignorant de l'Alsace, découverte dans les manuels d'histoire comme le concept d'Alsace-Lorraine, pour éviter d'en appréhender les réels contours et leur pertinence.

L'Alsace ne serait plus qu'un marchepied aux confins de l'Est de la France, pour se hisser jusqu'en Lorraine, traverser la Champagne pour se rapprocher de l'Ile-de-France.

Tout cela pour nous dire que le monde change, merci pour l'information, que l'efficacité serait les grands ensembles, que le bonheur est dans la grande taille et le malheur... dans la petite taille ; c'est quoi la taille critique ? le nombre d'habitants ? la superficie ? le PIB ? le nombre d'étudiants ? les investissements directs étrangers ? le nombre de Start-Up… Mystère...

J'en vois qui rigolent bien ; et qui pourraient même être stupéfaits - Le Luxembourg, les cantons suisses, ces Länders allemands de moins de un million d'habitants, seraient-ils des sous-développés, des attardés, des nains, des identitaires ?

Quelle blague

Manipulations et intrigues au château de l'Elysée, la France se pilote depuis Paris et les Jacobins, à défaut de savoir diriger le pays, veulent le garder sous contrôle.

Pas de décentralisation, pas de perspectives. Ce qui nous amène à cette plénière ce sont les errements du Gouvernement qui a défait le Conseiller Territorial du précédent Gouvernement puis modifié la carte cantonale pour, finalement, agréger des régions, comme si le sort de la France en dépendait.

Un leurre de plus d'un Gouvernement aux abois qui ne sait plus quoi inventer pour faire oublier qu'il ne sait pas où il va.

Quelle est la situation ?

D'un côté, le nôtre, les promoteurs de l'Alsace, de l'autre ceux qui lui tournent le dos.

D'un côté, le nôtre, ceux qui ont de l'ambition pour l'Alsace, de l'autre, ceux qui se réjouissent de la diluer.

D'un côté, le nôtre, ceux qui veulent une Alsace qui rayonne à 360°, de l'autre ceux qui veulent l'enfermer dans un machin indéterminé ou STRASBOURG ne sera pas épargnée.

D'un côté, le nôtre, le courage de résister aux oukases du Gouvernement Socialiste, de l'autre ceux qui préfèrent à la liberté le confort du compromis.

Faut-il ne pas connaître l'Histoire pour l'invoquer en renfort de cet Anschluss jacobin, faut-il mépriser les alsaciens pour leur faire croire que la vie en sera meilleure avec une méga-machin région.

Alors que François Mitterrand avait comme mot d'ordre " Ici et maintenant ", avec Hollande et ValIs, c'est " Ailleurs et peut-être... "

Un pamphlétaire célèbre disait, lui, que la bonne taille c'est quand les pieds touchent par terre.

En Alsace, nos pieds touchent par terre, nous avons donc la bonne taille, la bonne stature, la bonne envergure.

Le doute est hélas installé dans les esprits sur la place de Strasbourg, qui serait incontestablement fragilisée dans un trop vaste ensemble régional.

Beaucoup de grandes avancées pour l'Alsace et pour Strasbourg ont été le fait de l'engagement des collectivités territoriales qui ont mobilisé des ressources locales, morales et financières conséquentes pour:

  • la marque Alsace
  • le rachat de l'IPE IV compensé par collectivités
  • la compensation différentielle de la taxe aéroportuaire Strasbourg?Entzheim
  • le contrat triennal Strasbourg Capitale Européenne
  • la défense du caractère binational de l'aéroport de Bâle?Mulhouse
  • l'industrialisation de l'Alsace avec le soutien des Chambres de Commerces et d'industrie
  • et bien d'autres

Les dossiers à enjeux ne seraient plus décidés en Alsace et nous aurons besoin de la compréhension, de la magnanimité de ceux qui voudront bien nous concéder quelque chose.
L'ENJEU, C'EST DE POUVOIR A L'AVENIR, DECIDER ENCORE PAR NOUS-MÊME, POUR NOUS-MÊME, MÊME AVEC DES RESSOURCES LIMITEES
La fusion c'est la dépendance, une tutelle supplémentaire qui pèsera sur nous.

On ne renforce pas une région en lui pratiquant des saignés qui ne feraient que l'anémier.

Attention aux fossoyeurs de l'Alsace déjà prêts, la pelle à la main, et qui attendent un ordre de PARIS pour commencer leur sinistre besogne. Attention, Strasbourg et l'Eurométropole risquent d'être emportés. Notre devoir est de les en empêcher, il n'y a pas de compromis possible. Choisir le camp de l'Alsace, c'est choisir le camp de Strasbourg et son Eurométropole. C'est notre HONNEUR de se battre pour l'une et l'autre car leur sort est lié.

L'Alsace a besoin de courage, nous n'avons pas le droit de la décevoir.

Jean-Philippe MAURER

 

22 septembre 2014

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