Hirsingue : la commune au secours de l'entreprise textile

A Hirsingue, dans le Haut-Rhin, la commune rachète pour 655 500 euros hors taxes le parc machines d'une entreprise textile pour lui fournir du cash. L'entreprise aura comme un leasing sur les machines. Un nouveau colbertisme ?

Si c'est la seule solution pour s'en sortir, à suivre...


L'article des DNA (14 octobre 2012)

Si nous ne le faisons pas...

L'initiative est singulière et risque de créer un précédent : la commune de Hirsingue, dans le Sundgau, a décidé vendredi soir d'acquérir l'outil de production de l'entreprise textile Virtuose pour lui donner une chance de poursuivre son activité. Un pari sur l'avenir qui se chiffre à 655 500 euros.

La décision de la commune a été adoptée presque à l'unanimité (une abstention) après une petite heure de débat : le conseil municipal de Hirsingue va débourser, en contractant un emprunt spécifique, 655 500 euros pour acheter l'ensemble des machines de l'entreprise textile Virtuose. Si le maire et conseiller général de Hirsingue Armand Reinhardt a précisé à plusieurs reprises qu'il ne s'agissait pas de placer sous perfusion une société moribonde, il a néanmoins clairement fait comprendre que cette " opération de soutien à l'une des dernières entreprises textiles d'Alsace " s'avérait vitale.

" Une opération de soutien à l'une des dernières entreprises textiles d'Alsace "

Techniquement, il s'agit d'un partenariat se traduisant par un " outil-relais industriel sous forme de lease-back ", afin de permettre à la société de franchir la " difficulté de trésorerie conjoncturelle " à laquelle elle est confrontée. " Malgré un carnet de commandes assuré (voir ci-dessous), l'augmentation du prix des matières premières, qui n'a pas pu être répercutée sur les ventes du premier semestre 2012, a tendu la trésorerie de l'entreprise, a expliqué le maire en reprenant l'objet de la délibération. Afin de pouvoir honorer ses commandes et encaisser le produit des ventes correspondantes, elle a un besoin de trésorerie pour la fourniture des matières premières lui permettant de mettre en œuvre ses commandes ".

La démarche n'est pas courante. Si certaines communes ont déjà acquis des locaux et/ou mis ceux-ci à disposition d'entreprises pour les soutenir, le cas d'une municipalité investissant dans l'outil de production semble inédit. Pour inhabituelle qu'elle soit, cette " mise en place d'un outil-relais industriel " s'est faite en lien avec le préfet du Haut-Rhin, les représentants du ministère du Redressement productif, la Région, le Département du Haut-Rhin et des banques, est-il précisé à Hirsingue où plusieurs conseillers se sont interrogés sur la légalité de la situation. Mais bien que ces élus aient dénoncé avoir à assumer " un rôle qui ne leur revenait pas " et " la carence du système bancaire ", ils n'ont pas voulu compromettre l'avenir d'un site industriel employant 99 salariés. " C'est malheureux, mais si nous ne le faisons pas, personne ne le fera. "
L'adjointe aux finances de Hirsingue Françoise Martin partagera ainsi son sentiment : rejetant initialement l'idée d'un tel soutien, elle s'est " laissée convaincre par les informations obtenues ", dont la garantie pour la commune que les machines lui seraient rachetées par une société de négoce, Maebe, en cas de dépôt de bilan de Virtuose. En outre, l'emprunt contracté ne doit avoir selon ses promoteurs aucune incidence sur les finances de la commune de près de 2 300 habitants, ni sur sa capacité à rembourser son capital à hauteur de 240 000 euros par an.

Une opération blanche en principe

En principe, il s'agit donc d'une opération blanche, l'entreprise devant rembourser mensuellement, frais inclus, la commune durant les cinq années à venir, avec option de rachat à l'arrivée. L'entretien et le fonctionnement du parc incomberont à Virtuose. En outre, Hirsingue a le ferme espoir d'obtenir une dispense de la TVA - elle s'élève à 128 000 euros, les 655 500 euros étant hors taxes -, attendant "un encouragement fort de la part de l'État".

Témoignage de confiance

La question a été soulevée localement dès vendredi soir et elle se posera sans doute ailleurs à la lumière de ce qui apparaît comme un "précédent hirsinguois" : qu'adviendra-t-il si d'autres entreprises arguent d'une difficulté passagère ? Faudra-t-il leur laisser la porte ouverte ? À brûle-pourpoint, la réponse semble positive à Hirsingue, avec la crainte toutefois de soulever le couvercle d'une boîte de Pandore.

Cela dit, le conseil municipal a clairement manifesté sa confiance en Virtuose, dont le sérieux n'a à aucun moment été remis en cause, en espérant d'ailleurs que d'autres collectivités lui emboîtent le pas ; il est ici question de " déclencher un processus de soutien ". Qui pourrait aussi, la perspective en a été esquissée, passer par l'acquisition des locaux actuellement loués par la société.


L'entreprise dispose d'un délai de cinq ans pour rembourser la
commune et récupérer son parc de machines. Photo DNA Nicolas Lehr

Dimanche 14 octobre 2012

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